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Psychologie

La PNL : vous l'utilisez probablement déjà sans le savoir

Derrière le nom un peu suspect et le marketing parfois excessif, une question beaucoup plus simple : qu'est-ce que font les thérapeutes efficaces, et peut-on l'apprendre ?

28 août 202617 min de lecture
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Programmation Neuro-Linguistique. Il faut reconnaître que le nom n'aide pas beaucoup. Cela sonne comme quelque chose qui permettrait de « programmer le cerveau » à l'aide de quelques mots savamment choisis. Ajoutez à cela quelques formations commerciales promettant de devenir irrésistible en négociation, de détecter les mensonges en observant le mouvement des yeux ou de « reprogrammer son inconscient » en trois techniques, et vous obtenez à peu près tout ce qui peut rendre la PNL suspecte.

Pourtant, derrière cette couche de marketing parfois franchement excessive se trouve une histoire beaucoup plus intéressante. À l'origine, la PNL n'était pas destinée à découvrir une nouvelle anatomie du cerveau. Elle cherchait surtout à répondre à une question :

Qu'est-ce que font certains thérapeutes particulièrement efficaces que les autres ne font pas ?

Et surtout :

Peut-on observer leur manière de faire, la décomposer et l'apprendre ?

Voilà déjà quelque chose de beaucoup plus concret.

Revenons en Californie, au début des années 1970

La PNL apparaît au début des années 1970 autour de l'Université de Californie à Santa Cruz. Les noms les plus connus sont ceux de Richard Bandler et John Grinder, auxquels il faut également associer Frank Pucelik dans les premières années du développement du modèle. Bandler s'intéresse notamment à la Gestalt-thérapie. Grinder est linguiste.

Plutôt que d'inventer immédiatement une nouvelle théorie psychologique, ils commencent par observer et modéliser le travail de thérapeutes réputés remarquablement efficaces, parmi lesquels :

  • Fritz Perls, fondateur de la Gestalt-thérapie ;
  • Virginia Satir, grande figure de la thérapie familiale ;
  • et plus tard Milton H. Erickson, psychiatre et immense figure de l'hypnose thérapeutique.

Leur projet consiste à rechercher des régularités. Comment ces thérapeutes parlent-ils ? Comment posent-ils leurs questions ? Que font-ils lorsqu'une personne reste bloquée ? Comment utilisent-ils le langage ? Comment changent-ils le cadre dans lequel une personne interprète son problème ? Comment établissent-ils rapidement une relation ? Comment une phrase apparemment simple peut-elle modifier complètement l'expérience d'une situation ?

Le premier ouvrage majeur de Bandler et Grinder, The Structure of Magic, paraît en 1975. La PNL commence ensuite à être appliquée bien au-delà de la psychothérapie : formation, management, pédagogie, négociation, coaching et communication. C'est important pour comprendre ce qu'est réellement la PNL : à l'origine, il s'agit essentiellement d'une démarche de modélisation de la communication et du changement.

Mais « Programmation Neuro-Linguistique », ça veut dire quoi ?

Prenons les trois mots séparément.

Programmation

Le terme est très marqué par les années 1970 : l'informatique commence à profondément influencer la manière dont on pense les systèmes. L'idée n'est pas que nous serions littéralement des ordinateurs. Elle consiste plutôt à observer que nous développons des séquences relativement automatiques.

Par exemple : une personne me critique, je ressens immédiatement une tension, je me justifie, l'autre insiste, je me sens attaqué, je deviens agressif, je quitte la conversation. Et cela recommence depuis quinze ans. On peut considérer cela comme une sorte de programme comportemental :

déclencheur → interprétation → émotion → comportement → conséquence

La bonne nouvelle, c'est qu'un programme appris peut parfois être modifié — ce qui rejoint d'ailleurs exactement l'image du vieux logiciel qu'il faut parfois mettre à jour dont je parlais dans l'article consacré à l'ego.

Neuro

C'est probablement le mot qui pose aujourd'hui le plus problème. La PNL historique suppose que notre expérience passe par notre système nerveux et notamment par nos perceptions : ce que nous voyons, entendons, ressentons, imaginons. C'est raisonnable. Mais il ne faudrait surtout pas en déduire que la PNL serait devenue une branche des neurosciences. Ce n'est pas le cas.

Certaines explications traditionnelles de la PNL sur le fonctionnement neurologique ont été beaucoup trop affirmatives, et plusieurs de ses hypothèses célèbres n'ont pas résisté aux recherches scientifiques. Je préfère donc considérer le mot neuro avec modestie : notre expérience psychologique est évidemment liée à notre cerveau et à notre corps, mais cela ne signifie pas que chaque modèle proposé par la PNL décrit réellement leur fonctionnement biologique.

Linguistique

C'est probablement là que la PNL devient particulièrement intéressante. Parce que nous ne faisons pas seulement l'expérience du monde — nous nous racontons continuellement ce qui nous arrive. Et les mots que nous employons modifient en partie la manière dont nous percevons une situation.

Comparez : « J'ai complètement raté ma vie. » avec : « Il y a actuellement une partie importante de ma vie dont je ne suis pas satisfait. » Objectivement, nous parlons peut-être exactement de la même situation. Psychologiquement, nous ne sommes déjà plus tout à fait au même endroit. Dans la première phrase, tout est raté. Dans la seconde, une partie ne convient pas actuellement. Deux petits mots viennent de rouvrir une possibilité. Voilà typiquement le genre de choses qui intéressait la PNL.

Le langage ne décrit pas seulement notre réalité

Il contribue aussi à l'organiser.

Prenons une phrase extrêmement courante en thérapie : « Personne ne me respecte. » Je pourrais répondre : « Ça doit être difficile. » Mais je peux également m'intéresser à la structure de la phrase. Personne ? Absolument personne ? Votre conjoint ? Vos enfants ? Votre voisin ? Votre boulanger ? Vos collègues ? Tous ? Depuis toujours ?

Évidemment, la personne ne voulait probablement pas produire une analyse statistique de l'intégralité de ses relations sociales. Elle voulait dire : « Dans certaines relations importantes pour moi, je ne me sens pas suffisamment respectée. » Et tout à coup nous pouvons travailler.

C'est notamment le principe de ce que la PNL appelle le méta-modèle du langage. Il cherche à repérer certaines généralisations, omissions ou interprétations contenues dans notre manière de raconter une situation.

« Je suis obligé »

Autre exemple. « Je suis obligé de rester dans ce travail. »

Question : « Qu'est-ce qui se passerait si vous partiez ? » La réponse arrive : « Je pourrais avoir des difficultés financières. » Nous venons de passer de « je n'ai aucun choix » à « j'ai un choix dont certaines conséquences me font peur ». Ce n'est absolument pas la même expérience intérieure.

Et attention : cela ne signifie pas qu'il suffit de modifier les mots pour que les difficultés financières disparaissent. Ce serait ridicule. Mais modifier la représentation d'un problème peut permettre de retrouver une capacité de décision. C'est exactement là que certains outils de la PNL deviennent intéressants.

Pourquoi retrouve-t-on ces mécanismes dans la publicité, les médias ou la politique ?

Parce que la manière dont une information est présentée influence la manière dont nous la recevons. Mais il faut être précis : il serait faux de dire que toutes les agences publicitaires, tous les journalistes ou tous les communicants utilisent consciemment « la PNL ». En revanche, beaucoup de mécanismes étudiés ou popularisés par la PNL se retrouvent dans la communication persuasive en général : le choix des mots, le cadrage, les associations émotionnelles, les répétitions, les métaphores, les présuppositions, la construction d'un récit, la manière de poser une question, le sentiment d'appartenance, les images utilisées, la création d'un contraste entre deux possibilités.

La publicité n'a évidemment pas attendu Richard Bandler pour découvrir qu'une image agréable associée régulièrement à un produit pouvait modifier notre perception de ce produit. La rhétorique existe depuis l'Antiquité. La propagande non plus n'a pas attendu la PNL. Et les sciences cognitives ont depuis étudié quantité de phénomènes de persuasion, de cadrage, d'attention et de biais cognitifs indépendamment d'elle.

Mais quelqu'un formé à la PNL commence souvent à observer la structure de la communication plutôt que son seul contenu. Et cela devient assez amusant.

« Vous ne voulez probablement pas acheter cette voiture aujourd'hui »

Prenons une phrase volontairement caricaturale. Elle contient déjà une représentation mentale : acheter cette voiture. Même si la phrase commence par « Vous ne voulez probablement pas… », l'action est introduite dans la conversation.

Autre exemple : « Lorsque vous aurez retrouvé confiance en vous… » La phrase présuppose qu'une confiance pourra être retrouvée. Comparez-la avec : « Si un jour vous arrivez éventuellement à avoir un peu moins peur… » Nous ne créons pas du tout le même horizon psychologique.

La PNL s'est énormément intéressée à ces présuppositions linguistiques. Milton Erickson les utilisait d'ailleurs avec une subtilité extraordinaire dans son travail hypnotique.

Mais peut-on vraiment manipuler quelqu'un avec quelques phrases ?

Voilà probablement l'un des plus grands fantasmes autour de la PNL. Non. Il n'existe pas de formule magique permettant de prendre le contrôle du cerveau de quelqu'un.

Nous sommes tous influençables. Moi compris. Vous compris. Nous sommes influencés par le contexte, les émotions, notre groupe social, l'autorité, la répétition, notre fatigue, nos attentes, notre histoire et la manière dont une information nous est présentée. Mais influencer n'est pas contrôler. Toute communication produit une influence — même dire « faites comme vous voulez » influence la relation.

L'enjeu intéressant devient donc moins « comment ne jamais influencer quelqu'un ? » que « dans quelle intention et dans quel cadre est-ce que j'utilise cette influence ? » Et en thérapie cette question est absolument centrale.

Quelques outils de PNL utilisés concrètement en thérapie

La PNL contient énormément de modèles. Certains me semblent très utiles. D'autres beaucoup moins. Et quelques-uns appartiennent probablement davantage aujourd'hui à l'histoire de la PNL qu'à une compréhension contemporaine sérieuse de la psychologie. Voici ceux qui peuvent réellement avoir un intérêt clinique lorsqu'on ne les transforme pas en dogmes.

1. Clarifier le problème

Une personne arrive en disant : « Je manque de confiance en moi. » Très bien. Mais cela ne veut presque rien dire. Quand ? Avec qui ? Dans quelles situations ? Comment savez-vous que vous manquez de confiance ? Que faites-vous lorsque cela arrive ? Que voudriez-vous faire à la place ? Existe-t-il des situations dans lesquelles vous avez confiance en vous ? Qu'est-ce qui est différent ?

Nous passons progressivement de « je manque de confiance en moi » à quelque chose comme : « lorsque je dois exprimer un désaccord avec une personne que je perçois comme ayant de l'autorité, je me mets à douter de ce que je pense et je n'ose plus parler. » Voilà un problème sur lequel nous pouvons travailler.

2. Chercher les exceptions

Une personne dit : « Je suis toujours anxieux avec les autres. » Toujours ? Puis elle réfléchit. Non. Avec son frère, elle est parfaitement à l'aise. Avec deux amis aussi.

Voilà quelque chose d'extrêmement précieux. Parce qu'au lieu de chercher uniquement « pourquoi suis-je anxieux ? », nous pouvons également demander : « comment faites-vous lorsque vous ne l'êtes pas ? » Cette question paraît presque trop simple. Elle est pourtant fondamentale dans beaucoup d'approches de thérapie brève.

3. Le recadrage

Un comportement peut changer de sens lorsque son contexte change. Prenons quelqu'un qui se considère comme « beaucoup trop méfiant ». Peut-être. Mais cette méfiance lui a peut-être permis, dans un environnement particulier, d'éviter énormément de problèmes.

Le travail ne consiste pas nécessairement à lui expliquer : « votre méfiance est mauvaise. » Nous pouvons dire : « cette capacité à détecter les risques vous a probablement été utile. Le problème est peut-être qu'elle fonctionne maintenant en permanence, y compris lorsque vous êtes en sécurité. » Nous ne détruisons pas la stratégie. Nous la remettons à sa bonne place. C'est quelque chose que j'utilise énormément.

4. Modifier la représentation intérieure

Fermez les yeux et pensez à une personne que vous aimez. Puis pensez à votre déclaration d'impôts. J'espère sincèrement que votre expérience intérieure n'est pas exactement la même.

Une pensée possède généralement une forme subjective : une image, une voix intérieure, une sensation, une distance, une intensité. La PNL a beaucoup travaillé sur ces caractéristiques, qu'elle appelle notamment sous-modalités. Certaines applications historiques de ce modèle ont été présentées de manière beaucoup trop scientifique. Mais l'idée clinique simple reste intéressante : modifier la manière dont nous nous représentons mentalement quelque chose peut modifier notre expérience de cette chose. C'est quelque chose que l'on retrouve d'ailleurs sous différentes formes dans l'imagerie mentale, l'hypnose ou certaines approches cognitives.

5. Les ancrages

Vous entendez une chanson, et soudain vous avez 17 ans. Une odeur vous ramène instantanément dans la cuisine de votre grand-mère. Un lieu provoque une sensation de sécurité. Une sonnerie professionnelle suffit au contraire à déclencher une petite tension dans votre ventre. Notre cerveau apprend énormément par association.

La PNL appelle ancrage l'utilisation volontaire de certaines associations entre un stimulus et un état interne. En thérapie, nous pouvons par exemple identifier une expérience dans laquelle une personne s'est sentie calme, forte ou suffisamment en sécurité, puis apprendre à retrouver plus facilement cet état lorsqu'elle en a besoin. Là encore, je préfère parler d'apprentissage associatif plutôt que d'une mystérieuse programmation neurologique.

6. Changer de point de vue

Nous avons parfois besoin de sortir momentanément de notre propre perspective. Que voyez-vous depuis votre point de vue ? Que pourrait voir l'autre ? Et qu'observerait quelqu'un qui regarderait la scène de l'extérieur ?

La PNL parle notamment de positions perceptuelles. Ce type de travail peut être intéressant dans les conflits relationnels — non pour décider automatiquement que l'autre a raison, mais pour essayer de comprendre ce que chacun est en train de vivre.

Et cette histoire de mouvements des yeux ?

Autant en parler, parce que c'est probablement l'un des éléments les plus connus de la PNL. Certaines formations ont longtemps enseigné qu'en observant la direction du regard d'une personne, nous pourrions déterminer si elle accède à une image, un son, une sensation — voire, dans certaines versions populaires, savoir si elle ment.

Je ne considère pas cela comme suffisamment fiable scientifiquement pour l'utiliser de cette manière. Et c'est là qu'un point me paraît essentiel : nous pouvons apprécier un modèle sans être obligés de défendre chacune des affirmations produites dans son histoire.

La recherche scientifique consacrée à la PNL reste limitée. Une revue systématique publiée dans le British Journal of General Practice a identifié seulement dix études expérimentales concernant des résultats de santé et conclu à un niveau de preuve insuffisant, avec des études généralement petites et présentant un risque de biais important. Les auteurs précisent cependant que cela reflète aussi la faible quantité et la qualité de la recherche disponible, plutôt qu'une démonstration définitive que tout ce qui relève de la PNL serait inefficace. C'est une nuance importante.

La PNL est-elle donc « scientifique » ?

Pas au sens où peut l'être une théorie psychologique contemporaine solidement étayée par des dizaines d'années d'expérimentation. Et vouloir absolument la présenter ainsi lui rend probablement davantage de tort que de bien.

Plusieurs affirmations historiques de la PNL sont contestées ou insuffisamment démontrées. Par ailleurs, la PNL regroupe tellement de modèles différents qu'évaluer « la PNL » comme une intervention unique est compliqué : certains de ses outils ressemblent ou se superposent à des procédés que l'on retrouve dans des approches psychologiques mieux étudiées. C'est d'ailleurs une difficulté relevée par la littérature scientifique elle-même.

Alors pourquoi continuer à en utiliser certains outils ? Parce qu'un outil clinique peut être utile sans que toutes les théories construites autour de lui soient exactes. Je peux trouver une question remarquable sans adhérer à toutes les hypothèses historiques utilisées pour expliquer pourquoi elle fonctionne. C'est précisément la position que j'essaie d'avoir.

Comment j'utilise la PNL aujourd'hui

Je suis formé à la PNL depuis longtemps. Je l'ai pratiquée, enseignée et naturellement intégrée à ma façon d'accompagner. Mais aujourd'hui, lorsque je travaille avec quelqu'un, je ne me demande presque jamais : « quelle technique de PNL vais-je lui faire ? » Ce serait prendre le problème à l'envers.

Je me demande plutôt : « qu'est-ce qui se passe chez cette personne ? » Comment construit-elle son problème ? Que ressent-elle ? Que se raconte-t-elle ? Qu'est-ce qu'elle essaie de protéger ? Quelles stratégies répète-t-elle ? Dans quel contexte cela apparaît-il ? Que voudrait-elle vivre à la place ? Et qu'est-ce qui pourrait permettre d'introduire un peu plus de choix ?

Ensuite seulement, je peux aller chercher un outil. Il pourra venir de la PNL, de l'hypnose, des thérapies brèves, d'une approche systémique, de l'IFS, de la sophrologie, d'une compréhension cognitive, d'un travail corporel, ou simplement d'une conversation. La personne avant la méthode. Toujours.

La PNL comme boîte à outils plutôt que comme vérité sur l'être humain

C'est probablement ainsi que je la définirais aujourd'hui : une boîte à outils de communication, d'observation et de changement née dans les années 1970. Certaines pièces ont très bien vieilli. D'autres mériteraient d'être révisées. Certaines sont devenues tellement courantes qu'elles ne semblent même plus appartenir à la PNL. D'autres reposent sur des hypothèses que je préfère aujourd'hui abandonner. Et cela ne me pose aucun problème.

Un bon thérapeute n'a pas à devenir le gardien d'une école. Il devrait pouvoir apprendre quelque chose, l'utiliser, l'éprouver, le confronter à d'autres connaissances, et éventuellement décider vingt ans plus tard : « cette partie-là, finalement, je n'y crois plus. » C'est même plutôt rassurant.

En Sophia-thérapie, les modèles sont des cartes

Cette idée est centrale dans la manière dont j'envisage la Sophiathérapie. Une carte peut être extraordinairement utile. Mais une carte n'est jamais le territoire. Cette formule, souvent associée à Alfred Korzybski et très présente dans l'histoire de la PNL, résume finalement assez bien ma position.

Une théorie psychologique est une carte. La psychanalyse est une carte. La TCC est une carte. L'IFS est une carte. Les neurosciences elles-mêmes produisent des modèles. La PNL aussi. Le danger commence lorsque nous confondons notre carte avec la totalité de l'être humain qui se trouve devant nous.

Et la communication dans tout cela ?

Il y a peut-être quelque chose d'encore plus important que les techniques. La PNL m'a appris très tôt à écouter comment quelqu'un parle et pas uniquement ce qu'il raconte.

Une personne dit : « il faut. » Une autre : « je dois. » Une autre : « je n'ai pas le choix. » Une autre : « je suis comme ça. » Une autre : « je n'y arriverai jamais. » Chaque phrase contient déjà une petite architecture du monde.

Et parfois une seule question ouvre une fenêtre : « vraiment jamais ? » Un silence. Puis : « enfin… pas jamais. »

Voilà. Nous n'avons encore rien résolu. Mais quelque chose vient de bouger. Une certitude absolue est devenue une possibilité. Et la thérapie commence souvent exactement là.

Vous faites déjà de la PNL sans le savoir ?

Pas nécessairement. Et c'est justement une nuance importante.

Lorsque vous choisissez soigneusement vos mots pour rassurer un enfant, lorsque vous reformulez le problème d'un collègue, lorsque vous racontez différemment un événement pour le rendre moins dramatique ou lorsque vous essayez de comprendre le point de vue de votre conjoint, vous n'êtes pas forcément « en train de faire de la PNL ». Vous êtes simplement en train de communiquer.

La PNL a essayé de mettre des modèles et des noms sur certains de ces phénomènes. C'est différent. Et c'est probablement beaucoup plus juste que de prétendre qu'elle aurait inventé la communication humaine.

Une technologie relationnelle sans télécommande humaine

Alors non. Je ne peux pas programmer votre cerveau. Je ne peux pas savoir que vous mentez parce que vos yeux viennent de partir à gauche. Je n'ai pas une phrase secrète capable de vous obliger à acheter quelque chose. Et je ne pense pas que Richard Bandler et John Grinder aient découvert dans les années 1970 une théorie définitive du fonctionnement de l'esprit humain.

En revanche, ils ont participé à quelque chose que je trouve toujours passionnant : regarder la communication au microscope. Observer comment une phrase ferme une possibilité. Comment une autre l'ouvre. Comment nous généralisons. Comment nous effaçons inconsciemment une partie de l'information. Comment nous donnons du sens. Comment nous répétons certaines stratégies. Comment un changement de perspective peut transformer notre expérience. Et surtout poser cette question : « si une personne sait faire quelque chose différemment, qu'est-ce qu'elle fait exactement ? »

Pour moi, la PNL est intéressante lorsqu'elle reste à cette place. Ni science ultime de l'esprit. Ni technique secrète de manipulation. Ni baguette magique thérapeutique. Un modèle. Des outils. Des questions parfois remarquablement pertinentes. Et une invitation à regarder de plus près la manière dont nous construisons, par nos perceptions, nos comportements et notre langage, une partie du monde dans lequel nous vivons.

Et puisque nous participons à cette construction, peut-être avons-nous aussi une petite marge pour la faire évoluer.

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Écrit par Benjamin Gaillon — thérapeute existentiel et praticien en Sophiathérapie, également directeur des systèmes d'information et de l'organisation d'une fondation, ancien CTO.Qui je suis.

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