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Pratique

Pourquoi une séance coûte-t-elle ce prix ? Tarifs, mutuelles et économie réelle d'un accompagnement

45, 60, 80, 100 € l'heure. Vu de l'extérieur le calcul paraît confortable. Ce qui reste réellement dans la poche du thérapeute raconte une autre histoire.

28 août 202610 min de lecture
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45 €, 60 €, 80 €, 100 € pour une heure de rendez-vous. Vu de l'extérieur, le calcul peut sembler assez séduisant : 80 € × 8 personnes par jour × 20 jours = 12 800 € par mois. À ce tarif-là, les thérapeutes devraient tous arriver au cabinet en Porsche.

Spoiler : ce n'est généralement pas ce qui se passe. Parce qu'une heure facturée n'est pas une heure de salaire, et surtout parce que l'accompagnement humain n'est pas un travail qu'on peut raisonnablement faire dix heures par jour, cinq jours par semaine, cinquante semaines par an. Puisque la question des tarifs revient régulièrement, autant expliquer simplement comment ça fonctionne. Sans tabou — y compris sur l'argent.

Combien coûte habituellement un accompagnement ?

Cela varie selon la pratique, la région, l'expérience du professionnel, la durée du rendez-vous, le statut, les charges, et sa manière de travailler. Pour l'hypnose, la sophrologie ou certaines formes d'accompagnement thérapeutique, on retrouve fréquemment des tarifs entre 50 et 100 €, pour des séances de 45 minutes à 1 h 30. Resalib situe par exemple le tarif courant d'une séance d'hypnothérapie autour de 60 à 100 €, selon le praticien, la région et la durée.

Mais la question intéressante est ailleurs : que reste-t-il réellement de ces 80 € ?

80 € encaissés ne sont pas 80 € dans la poche du thérapeute

Un professionnel indépendant doit notamment financer :

  • les cotisations sociales et l'impôt ;
  • le cabinet ou la salle, l'assurance professionnelle ;
  • la comptabilité, les logiciels, le site, la prise de rendez-vous en ligne ;
  • le matériel, les formations, la supervision ;
  • les déplacements et la communication.

Un ensemble de petites dépenses qui deviennent étrangement beaucoup moins petites une fois additionnées. Il faut aussi financer ce qu'on oublie souvent : les moments où le professionnel ne facture rien. Les échanges avant un premier rendez-vous, les appels, les messages, les comptes rendus, la préparation, la formation, la supervision, la gestion administrative, les contenus qui expliquent ce qu'on fait, les rendez-vous annulés ou oubliés — et parfois une séance qu'on choisit simplement de ne pas facturer. Tout cela prend du temps, et ce temps fait partie du métier.

« Il suffit de voir huit personnes par jour »

Je l'ai déjà fait. Il y a eu des périodes où j'étais capable d'enchaîner huit accompagnements dans une journée. On peut le faire. La vraie question est : peut-on bien le faire durablement ? Je ne le pense pas.

Être réellement disponible à quelqu'un demande de l'attention — écouter, observer, réfléchir, être émotionnellement présent, ne pas commencer à penser au rendez-vous suivant pendant que la personne devant vous raconte quelque chose d'important. À huit personnes par jour pendant quelques jours, ça peut fonctionner. Cinq jours par semaine pendant des années, il existe un risque assez amusant : finir par avoir besoin du même thérapeute que ses patients. Ça mérite peut-être d'être évité.

Un calcul très imparfait, mais concret

Ce qui suit n'est pas une règle comptable — le statut, les charges et la fiscalité changent énormément d'un professionnel à l'autre. Mais prenons un ordre de grandeur simple : pour disposer d'environ 3 000 € réellement disponibles à la fin du mois, il faut généralement générer autour de 6 000 € de chiffre d'affaires mensuel, soit environ 72 000 à 75 000 € par an. Sur 206 jours d'activité dans l'année — c'est déjà beaucoup — cela représente environ 364 € de chiffre d'affaires à produire chaque jour travaillé :

Tarif de la séance Séances nécessaires par jour
85 € environ 4,3
75 € environ 4,9
65 € environ 5,6
50 € plus de 7

Tous les jours travaillés. Agenda plein. Sans maladie, sans creux, sans annulation, sans vacances supplémentaires, sans rendez-vous gratuit — et sans avoir encore retranché certains frais professionnels de cet exemple volontairement simplifié. On comprend mieux pourquoi tant de praticiens correctement formés et très motivés découvrent que savoir accompagner quelqu'un et réussir à en vivre économiquement sont deux compétences complètement différentes.

Encore faut-il qu'on sache que vous existez

Au début d'une activité, une énorme partie du travail consiste à se faire connaître : construire un réseau, rencontrer d'autres professionnels, créer un site, être référencé, expliquer son approche, participer à des événements, écrire, communiquer — parfois produire beaucoup de contenu pour obtenir deux rendez-vous. Pendant ce temps, le loyer du cabinet n'a rarement de période de lancement.

Alors pourquoi certains professionnels facturent-ils 80 ou 100 € ? Pas nécessairement parce qu'ils ont décidé qu'une heure de leur présence « valait 100 € » — le prix est aussi la conséquence d'une équation économique. Recevoir moins de personnes, rester disponible, continuer à se former, avoir un lieu correct, prendre des vacances, ne pas travailler épuisé, et tout simplement vivre normalement de son métier : le tarif doit permettre au modèle de fonctionner. Sinon apparaît une contradiction assez terrible — pour prendre soin des autres, le thérapeute doit arrêter de prendre soin de lui-même. Ça ne me semble pas être un modèle formidable.

Et les mutuelles dans tout ça ?

C'est une information que beaucoup de personnes ignorent : certaines complémentaires santé remboursent une partie des séances d'hypnose, de sophrologie ou de médecines dites douces. Ce n'est cependant ni automatique ni identique d'un contrat à l'autre — le remboursement dépend de votre mutuelle, de votre formule précise, et parfois des mentions figurant sur la facture.

Resalib tient à jour une base consacrée à ces remboursements : mutuelles référencées pour l'hypnothérapie et pour la sophrologie. Parmi les organismes actuellement référencés pour l'hypnothérapie figurent notamment Swiss Life, MFIF, APICIL, MCA, Nostrum Care, CNM, Harmonie Mutuelle, APIVIA ou encore MACIF. Les montants varient beaucoup : Resalib indique par exemple jusqu'à 250 € par an pour certaines garanties Swiss Life (maximum cinq séances), tandis que la MACIF peut proposer entre 25 et 45 € par séance selon le contrat.

Ces informations sont indicatives — Resalib le précise lui-même, les contrats évoluent. Le plus simple reste souvent de poser directement la question à sa mutuelle : « Mon contrat prévoit-il un forfait médecines douces, sophrologie ou hypnothérapie, et quelles sont les conditions pour être remboursé ? » Une facture peut ensuite être fournie lorsque les conditions sont réunies.

À Vivre-Soi, j'ai choisi une autre équation

Je n'avais pas envie de choisir entre deux modèles qui ne me convenaient pas : facturer cher pour recevoir peu de personnes, ou enchaîner les rendez-vous pour atteindre un chiffre d'affaires. J'ai donc organisé les choses autrement : pour les accompagnements individuels, une grille solidaire ajuste la participation entre 40 et 100 € selon les revenus. L'idée n'est pas que la même séance ait mystérieusement une valeur différente selon la personne — c'est que nous n'avons tout simplement pas tous les mêmes moyens. Je préfère une grille que je trouve juste plutôt qu'un tarif unique qui exclurait mécaniquement une partie des gens.

Pourquoi je vous raconte tout ça

Parce que j'aime être transparent, y compris sur l'argent — c'est aussi ça, ne pas faire semblant que le sujet n'existe pas.

Et il y a une autre raison. L'essentiel de ce que génère Vivre-Soi n'a pas vocation à rester une simple activité individuelle. J'aimerais, dans les années qui viennent, faire évoluer une bonne partie de ce modèle vers un format associatif, pour financer un lieu qui nous ressemble — pensé pour vous accueillir tel qu'on l'imagine, pas seulement pour recevoir des rendez-vous. C'est un horizon, pas encore une réalité. Mais ça change la manière dont je pense chaque tarif aujourd'hui.

Avant de payer, on peut simplement se rencontrer

Le premier rendez-vous de rencontre est gratuit. Pourquoi ? Parce que je trouve étrange de demander à quelqu'un de s'engager dans un accompagnement humain sans savoir avec qui il va travailler. Cette première rencontre permet de comprendre pourquoi vous venez, ce que vous recherchez, comment je travaille, et surtout si nous avons envie de travailler ensemble. Vous n'achetez pas un aspirateur — la relation compte énormément. Et parfois la conclusion du premier rendez-vous est simplement : « je ne pense pas être la bonne personne pour vous. » Ça fait aussi partie du travail.

Le site est d'ailleurs volontairement très fourni : je préfère mettre l'information à disposition ici plutôt que de passer une partie de mes journées au téléphone à expliquer ce que je fais. Vous pouvez lire, comprendre mon approche, voir ce qui vous parle ou pas, puis prendre rendez-vous directement en ligne quand ça vous semble pertinent. Moins de temps administratif pour moi, plus d'autonomie pour vous, et davantage de temps disponible pour ce qui compte : se rencontrer.

Je limite volontairement le nombre de rendez-vous individuels

Je n'ai aucune envie que Vivre-Soi devienne une chaîne de production de séances. J'ouvre donc un nombre limité de créneaux individuels — actuellement neuf — d'environ 45 minutes. Ce format permet de ne pas enchaîner les personnes, de garder de l'espace entre les rencontres, d'être réellement présent, et de se voir plus régulièrement au début d'un accompagnement plutôt que de programmer automatiquement une séance toutes les trois semaines. Puis on espace, selon ce qui se passe, selon les besoins, selon votre autonomie. Le rythme doit servir l'accompagnement, pas le modèle économique.

Et le reste du temps ?

C'est précisément là que le modèle devient intéressant : je ne fais pas reposer toute l'économie de Vivre-Soi sur les consultations individuelles. Le reste de mon temps se partage entre les ateliers, les groupes, les projets collectifs, la transmission aux thérapeutes et les interventions professionnelles — de quoi construire une économie plus équilibrée.

Les groupes changent d'ailleurs l'équation : un atelier de deux heures peut réunir environ huit personnes à 30 € en moyenne, soit 240 € de participation — dont il faut ensuite financer la salle, le matériel, l'encadrement et la préparation. Ce n'est donc pas 240 € de bénéfice, mais huit personnes vivent ensemble une expérience de deux heures pour environ 30 € chacune. Et certaines choses sont même plus pertinentes en groupe qu'en individuel — la rencontre humaine, notamment.

Pour les entreprises, je fais volontairement une distinction : une entreprise n'est pas une personne qui hésite à consulter parce que 70 € représentent une part importante de son budget mensuel. Les budgets de conseil ou de formation obéissent à d'autres règles économiques — j'applique donc mon tarif professionnel de consultant sur ces interventions. L'écart peut sembler important ; il est assumé, parce que les capacités financières et les finalités sont différentes, et parce que cette activité professionnelle contribue aussi à rendre le reste du modèle plus accessible.

J'accompagne enfin ponctuellement des thérapeutes qui démarrent — sur le statut, le prix, le prévisionnel, le site, la prise de rendez-vous en ligne, se faire connaître sans devenir un marchand de tapis, le réseau, les bases juridiques. On apprend rarement tout ça en formation, et c'est pourtant déterminant. Beaucoup de thérapeutes n'échouent pas parce qu'ils sont mauvais thérapeutes : ils échouent parfois parce que l'équation économique était impossible dès le départ. Pour eux, je conserve un tarif de cabinet — l'objectif est de les aider à construire quelque chose de viable, pas d'en faire une nouvelle source de revenu.

Alors combien « vaut » une séance ?

Je ne sais pas. Et quelque part, je trouve la question étrange. Combien vaut une heure pendant laquelle quelqu'un se sent enfin entendu ? Combien vaut une rencontre qui ne change rien ? Combien vaut celle qui modifie une trajectoire ? Impossible à calculer. Un tarif ne mesure pas la valeur humaine d'une rencontre — il permet simplement de construire les conditions économiques pour qu'elle puisse exister.

C'est ainsi que j'essaie de penser les tarifs de Vivre-Soi. Pas « combien puis-je facturer ? », mais plutôt : comment construire un modèle qui permette aux personnes de venir, qui me permette de rester disponible, et qui puisse continuer à fonctionner dans la durée ? Le résultat ne sera probablement jamais parfaitement juste. Mais au moins, nous pouvons en parler ouvertement — en matière d'argent comme en thérapie, je préfère généralement comprendre ce qui se passe plutôt que faire semblant que le sujet n'existe pas.

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Voir la grille tarifaire complète

Écrit par Benjamin Gaillon — thérapeute existentiel et praticien en Sophiathérapie, également directeur des systèmes d'information et de l'organisation d'une fondation, ancien CTO.Qui je suis.

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